Archives de catégorie : Vol16, Num. 1

Entretien avec le lauréat du Prix Etta St. John Wileman – Denis Pelletier

C’est avec grand honneur que la rédaction de la Revue canadienne de développement de carrière vous présente une série d’entrevues avec d’anciens lauréats du prix Etta St. John Wileman. Le prix Etta St. John Wileman qui récompense l’ensemble des réalisations dans le développement de carrière a été conçu pour reconnaître et célébrer les personnes qui ont consacré leurs vies à leurs professions ; consacré leurs vies à l’amélioration de la pratique de développement de carrière, de l’administration, de la recherche et de l’éducation ; et incarnent les rôles de chercheur, éducateur, auteur, praticien, et de leader dans le domaine de la carrière.

Ces individus ont tous contribué à leur façon à l’identité de la profession du développement de carrière au Canada. C’est grâce à ces entrevues que nos lecteurs auront l’occasion de voir différentes perspectives, et peut-être trouver un peu d’inspiration pour leur propre travail et leur développement de carrière

Denis Pelletier, Ph.D. est un professeur à la retraite (1966-1996) de la Faculté des Sciences de l’éducation à l’Université Laval, Québec. En 1982, il cofonde Septembre éditeur, qui est un éditeur spécialisé dans le domaine de l’éducation et de la carrière. En 2006, il reçoit le prestigieux titre de membre émérite de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation et des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OCCOPPQ)”. En 2009, il gagne le prix Etta St. John Wileman du CERIC pour son travail en faveur du développement de carrière, de travail et d’environnement de travail au Canada. Denis Pelletier est également le coauteur de l’ADVP (activation approche de développement vocationnel et personnel qui est reconnu à l’échelle internationale.

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Réimprimé avec l’autorisation du CERIC. Entrevue d’origine réalisée pour OrientAction le 14 décembre 2015.

Selon vous, quel a été le principal changement important dans le domaine de carrière au cours des 10 dernières années?

Denis: Connaissance de soi et expérimentation de soi

La propension à s’investir dans l’expérience semble la caractéristique des jeunes d’aujourd’hui. L’idée, pour eux, d’apprendre en faisant, d’expérimenter plutôt que d’explorer d’une manière seulement idéative, nous fait voir la nécessité d’une orientation agissante.

J’essaie, pour ma part, depuis quelques années, de com- prendre ce que pourrait être une orientation agissante. Mon objet de réflexion fut d’abord celui du sentiment d’efficacité personnelle (Bandura). Il procède, dans l’adolescence et au long de la vie, de ce qui est réussi, accompli comme réalisation, des défis qu’on a relevés, des encouragements faits par les autres, des résultats qu’on a obtenus et du mérite qu’on s’attribue, de l’aisance devant les tâches à faire, de la gestion du stress dans le cours de l’action. Bref, la connaissance de soi devient expérimentation de soi et sentiment de sa compétence, optimisme face au futur. Comprenons que l’analyse des traits et facteurs, des intérêts et des aptitudes ont leur importance, mais rien ne vaut l’expérimentation de soi comme moyen de les valider et de clarifier ce que l’on veut devenir. C’est pourquoi devraient être introduites, dans le milieu scolaire, une culture de la réussite et de la compétence ainsi qu’une pratique de l’exploration des carrières davantage axée sur le coaching et sur l’encadrement des défis et des apprentissages à réaliser en rapport à la découverte du monde du travail.

A Cannexus07 (la première édition !), vous avez parlé d’ « Un nouveau paradigme d’orientation professionnelle pour un nouveau monde du travail »; Quel message d’espoir espérez-vous encore entendre résonner parmi les gens aujourd’hui?

Denis: La route et le chemin

Je voudrais que les conseillers et conseillères d’orientation soient conscients de la distinction à faire entre la route qui va d’un point A à un point B le plus rapidement possible et le chemin qui est une bande de terre sur laquelle on marche à pied. Je crois, pour ma part, que l’orientation institutionnelle, celle qui prescrit les moments de choisir et les règles d’entrée et d’avancement dans les multiples programmes de formation emprunte justement la route qui va à la diplomation et à l’emploi le plus directement et adéquatement possible.

L’idée de cheminement définit, pour sa part, une manière non linéaire de penser l’orientation et la carrière. Elle est évolutive et très proche d’un devenir, en quelque sorte, personnel et existentiel. Il s’agit d’un processus de recherche où la personne se connait dans et par l’action et veut agir avec compétence. Cette approche constructive est caractéristique des gens qui font de leur carrière une affaire personnelle et qui transforment la réussite et l’adversité en capital de confiance. Au total, le chemin se découvre en le faisant et révèle une destination parfois imprévue mais pourtant concluante et satisfaisante.

Souhaitons que la pratique de l’orientation puisse encourager l’évolution de ces deux grandes voies qui servent à se définir dans la perspective de la carrière.

Lorsque vous regardez devant vous, quel facteur voyez-vous influencer le plus l’avenir du développement de carriere?

Denis : Choisir et décider

Il y a une distinction importante à faire entre choisir et décider. Choisir serait de nature cognitive et décider serait une affaire de motivation. J’en suis maintenant à rechercher une équation décisionnelle qui tiendrait compte des conditions par lesquelles la décision devient affective et effective. Or, je dispose, heureusement, d’une bonne quantité de témoignages qui m’ont été remis lors d’une enquête sur l’occasion à saisir. L’occasion à saisir comporte la particularité d’être un moment fort, intense, et qui offre une opportunité réelle, et non pas hypothétique, à prendre ou à laisser avec peu de temps pour
se décider… et avec l’inconnu que cela comporte. Bref, je crois que la décision s’avère, dans ce contexte, de nature surtout émotionnelle et qu’elle surmonte l’incertitude et la complexité grâce à une évaluation intuitive. Ce sont des éléments qui sont objets d’études en neuropsychologie. Est-ce là une voie d’avenir pour le counseling et l’orientation?

Si vous souhaitez n savoir plus sur Denis Pelletier, vous pouvez lire une entrevue qu’il a faite avec l’Orientation en 2014. Son article se trouve dans le Volume 4, Numéro 1, pp 29-30.

Le dilemme de l’année sabbatique. Quand une année sabbatique réfléchie est la réponse à un manque de préparation relatif à la carrière (en anglais)

Par April Dyrda (University of Calgary), Laura Hambley (University of Calgary), Kerry Bernes (University of Lethbridge) et Mike Huston (Mount Royal University)

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